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Jules

Jules, mon tendre Labrador, inspiration de « Born To Quilt » depuis sa création, est entré dans ma vie en juillet 1996, cadeau de mon Darcy pour nos dix ans de mariage. Jules adorait flâner au milieu des tissus, s’endormir dans l’atelier ou se faire dorloter par les quilteuses qui venaient à la boutique !
Il en connaissait un rayon sur le patchwork et il dormait même sur un quilt… Son quilt ! Il aimait faire la sieste… c’était sa façon à lui de m’aider dans mes créations je suppose. « Ma muse » disait-il ! Mon vieil ami Jules, petit être à poils extraordinaire, nous a quittés le 16 juin 2009 après avoir partagé ma vie pendant 13 belles années. Il était et restera mon grand amour et la mascotte de « Born To Quilt ». Lorsque Jules est parti, j’ai reçu des centaines d’emails plus touchants les uns que les autres. Je me suis alors rendue compte à quel point Jules comptait dans le cœur de mes quilteuses et faisait partie de la vie de « Born To Quilt ». Pour cette raison, j’ai pris la plume pour raconter notre histoire d’amour dans ma rubrique du mois d’août 2009. Pour celles qui n’ont pas pu la lire, la voici pour vous…

Jules et moi
Jules et moi, nous sommes rencontrés par une belle journée d’été, en juillet 1996.
La séquence d’évènements qui nous a amenés, mon mari et moi, à frapper à la porte de cet immeuble du quartier Hochelaga Maisonneuve nous est souvent revenue à l’esprit. Cette manière inexorable dont les choses se passent parfois, des évènements qui, pris individuellement, sont déjà exceptionnels en soi, mais qui arrivant en cascade et dans un laps de temps très court, nous incite presque à utiliser un vocabulaire religieux pour les décrire.
Miracle.
Donc en ces quelques jours de juillet 1996, il faut bien croire que les sept planètes étaient parfaitement alignées. Nous partions pour un long week-end en Nouvelle-Angleterre, dans le Vermont plus précisément. Nous n’avions plus de chien, et le dernier locataire canin de notre maison – un vague mélange de Retriever et de… « allez savoir » – n’avait pas laissé un excellent souvenir, tant par son ingratitude et son dédain chronique pour les câlins, que pour une propension jamais assouvie à vérifier si l’herbe était réellement plus verte ailleurs.
C’est en flânant dans la rue principale et piétonne de Burlington que nous l’avons aperçu. Roulé en boule aux pieds de son maître, un magnifique spécimen de Labrador Chocolat, le premier que nous voyions de notre vie. Nonchalamment, il se leva et alla se rafraîchir à la fontaine toute proche. Un pelage intégralement marron, sans la moindre tâche, une noblesse naturelle, mélange à la fois rugueux et campagnard, aristocratique et fier… Nous venions de trouver notre chien.
En tout cas, la race de chien qui nous plaisait. Parce que le chien, lui, nous ne savions même pas par où commencer les recherches.
Sur le chemin du retour, la conversation allait bon train sur le sujet. Mon mari se souvint que nos amis nous avaient donné le quotidien local quand nous avions quitté Montréal quelques jours auparavant, et à ma grande surprise, le journal traînait toujours sur la banquette arrière de mon Station Wagon Chevrolet (alors que je ne laisse jamais rien traîner dans ma voiture, particulièrement des journaux vieux de plusieurs jours !). Très vite, je parcours les petites annonces, et là, devinez… Et oui, un éleveur de Labradors propose des chiots, ramenés des Eastern Townships et visibles en ville, à Montréal.
Aussitôt dit aussitôt fait, la première cabine téléphonique venue nous permet de prendre rendez-vous pour le lendemain, pour voir le seul chiot restant d’une portée de huit.
La boule de poils bruns qui nous attendait derrière la porte de cet appartement n’avait rien du chenapan qui allait devenir notre Jules. Timide mais intrigué, silencieux mais attentif, il répondait quasi parfaitement à tous les tests dit de « Campbell » que mon mari lui fit subir. Résultat : un animal a priori équilibré et sociable. Bien entendu, il était le laissé pour compte de la portée, n’ayant probablement pas su attirer l’attention de propriétaires potentiels qui ont choisi ses frères et sœurs plus « drôles », « mignons » ou « joueurs ». Et tant mieux pour nous.
500 dollars plus tard, Jules embarquait avec moi dans le Station-Wagon. Nous ne devions plus nous quitter pendant treize merveilleuses années. Je décidais de lui consacrer le plus de temps possible, et nous nous inscrivîmes au cours d’obéissance. Bien entendu, il y fit des merveilles, tant le souhait de plaire à son maître était important. Il excella dans les épreuves d’obéissance et d’agilité, et gagna d’ailleurs plusieurs prix.
Mes journées ne furent plus jamais les mêmes après l’arrivée de Jules. Progressivement, je me surprise même à modifier ma garde-robe en fonction de mon chien : plus de noir, mais que des tons de brun et de beige, ou de tartans en harmonie avec la robe de mon Labrador adoré. Même mon mari s’est débrouillé pour nous trouver, à Jules et à moi, un coupé Mercedes de collection… chocolat ! Nous allions partout ensemble, il ne me quittait quasiment jamais. Ce qui parfois pouvait se révéler une expérience très délicate,

puisque dès que je n’étais plus dans son champ de vision, il s’inquiétait immédiatement et me cherchait, et dès qu’il me trouvait, la fête pouvait durer plusieurs minutes. La première fois que je suis sortie d’une cabine d’essayage, mon mari s’est retrouvé entraîné à travers toute la boutique par un Labrador dont le seul objectif était les retrouvailles immédiates avec son maître. L’étroitesse des allées ou l’interférence des pauvres clientes qui se trouvaient sur son passage devenaient des détails très négligeables. Depuis cet incident je le prenais avec moi en cabine !
Les années s’écoulèrent ainsi, avec des hauts et des bas, beaucoup de moments de bonheur et quelques passes difficiles, pendant lesquelles notre Jules était toujours là, d’humeur égale mais semblant partager notre joie ou notre inquiétude du moment, au rythme de la musique de Mozart ou de Brahms que je veillais toujours à maintenir dans son environnement. Lorsque de retour en France, je prenais un travail sur Paris et m’absentais de longues heures, son pelage commença à tomber par pans complets tant la déprime le gagnait. Des plaques de peau nue apparurent sur ses flancs, et je me résolvais bien vite à quitter le poste en question et à passer plus de temps avec lui. Son pelage reprit en quelques semaines son aspect habituel.
Mon mari m’avait prévenu, mais je m’y étais résolue avec joie : nous étions réellement inséparables. Jules était l’animal le plus formidable que j’aie rencontré, et s’il fallait que je trouve un job qui me permette à moi d’être près de lui et à lui de vivre sereinement sa vie de Labrador, et bien ainsi soit-il.
Quand en 2005 à notre arrivée à Mornant, germa l’idée de Born To Quilt, Jules s’est bien entendu retrouvé impliqué dans l’histoire. Comment aurais-je pu mettre en place un tel projet sans y inclure mon Jules ? Ma passion allait devenir mon travail, et mon travail me permettait de rester avec mon Jules à la journée longue… La vie était belle !
L’aventure « Born To Quilt » n’aurait jamais été possible sans mon Jules. Il était devenu une source d’inspiration de tous les instants, une muse, et un personnage indissociable du Quilt Shop. Des clientes venaient aussi pour le rencontrer, demandant à le voir dès leur arrivée dans la boutique. Jules, toujours très coopératif et joyeux de rencontrer de nouvelles têtes, s’obligeait avec entrain et bonne humeur.
L’été, il en profitait pour patrouiller le sol autour du poirier, occupation pour lui au moins aussi importante que l’accueil de ses clientes et autres admiratrices. Jules adorait les poires.
Il apparut tout naturellement dans le Quilt Mystère, aussi bien dans le mot qu’il écrivait aux Quilteuses chaque mois, que dans plusieurs blocs où sa silhouette était inévitable. J’ai même créé des boutons ‘Jules’. C’était peut-être aussi ma façon à moi de le remercier d’être toujours à mes côtés, aussi bien dans les jours ensoleillés que dans les jours de pluie.
Evidemment, j’ai vu son état se dégrader depuis 2001 quand une dysplasie aigüe a été diagnostiquée, jusqu’à ces jours de juin 2009 où les choses se sont aggravées à une vitesse redoutable. Et mon Jules est parti. Malgré les efforts de ceux qui ont tenté d’éviter l’inévitable. Thierry Bedossa, vétérinaire extraordinaire, qui m’a probablement offert dix jours de sursis avec Jules après une première alerte. Notre ami Commandant Adjoint de la force constabulaire locale, qui nous a escortés jusqu’à l’hôpital vétérinaire lors de la nuit fatale, mon mari qui est rentré de Paris sans hésiter, mais n’a pas réussi à revoir « son » Jules vivant.
Je voudrais tellement reprendre les heures que je n’ai pas pu passer avec lui pendant sa vie. Elles étaient rares certes, mais ces heures-là que nous n’avons pas partagées sont-elles perdues à tout jamais ? Quelqu’un ne peut-il pas lui en donner crédit, et me le rendre encore un petit peu ?
Juste ces quelques heures où nous les inséparables, nous nous étions quand même séparés, parce que la vie est ainsi faite que l’on ne pense pas à son inévitable finitude.
jules et vero born to quilt

Jules est toujours l’esprit de « Born To Quilt » et le sera à jamais

Jules est toujours dans mon cœur, il est toujours l’esprit de « Born To Quilt », et le sera à jamais.
Coïncidence, il m’a quittée au moment où « Born To Quilt » s’installait en Bourgogne pour un autre chapitre.
Et son âme est ici, je le sens, sur cette terre de Bourgogne, cette maison qu’il quittait à chaque fois avec grande réticence.
Dans le bruissement des feuilles, dans un reflet de lumière.
Dans un souffle de vent sous les branches du saule qu’il affectionnait tant.
Dans le ruissellement de la pluie contre les vitres.
Dans ce papillon qui semble s’être installé sur la terrasse depuis quelques jours.
Nous avons planté un poirier dans le jardin. On peut le voir aussi bien depuis le Quilt Shop, la maison, ou le saule pleureur.